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386 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Ce sont des jeunes gens très élégants. Vous liez con- versation avec eux, et ils vous annoncent d'abord qu'ils sont des " fils de famille " en train de se ruiner ; ils sont à la veille de se voir donner un conseil judiciaire ; et, quand ils auront " tout mangé, " ils se feront sauter la cervelle. Seulement, et c'est très curieux, ils vous disent aussi : " Je vais vous conter un anecdote, " ou bien : " L'atmosphère est lourd ce soir : " ils n'ont pourtant aucun accent étranger, et ils vous ont confié qu'ils avaient fait leurs études " à Janson. " Alors, vous les observez de plus près, et vous constatez qu'ils semblent mal à leur aise dans leur habit, et qu'ils parlent aux garçons avec la dernière insolence. Et puis, qu'un homme riche, un client sérieux^ ait l'air de trouver agréable la femme qu'ils accompagnent, vous les voyez disparaître sous un prétexte quelconque, céder la place, sans se fâcher. Et vous comprenez alors (trop tard) à qui vous avez eu affaire...

Santos Iturria ne pouvait pas supporter ces hommes du demi-monde. Il commença par repousser leurs avances avec une vivacité qui faisait honneur à son courage. Il félicitait l'un, à très haute voix, sur le tact avec lequel il s'était effacé, lui, amant de cœur, devant l'amant de rai- son, en telle ou telle circonstance qu'il rappelait. A un autre, il parlait de l'amour et de l'argent avec une insis- tance outrageante. Sa conversation était élégante, pleine de vivacité ; sans bavardage, mais abondante ; et ornée de mots drôles, de plaisanteries énormes dites avec un sérieux tout-à-fait amusant. Et son accent même, qui avait quelque chose de musical, donnait une saveur de plus à ces plaisanteries. Bientôt, il prit l'offensive contre

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