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FERMINA MARQUEZ 39 I

hormis cette place de premier, son idée fixe. Et c'était un effort de tous les jours, car même les devoirs ordinaires étaient classés, après correction, par ordre de mérite. La matière même des études lui importait peu : science, littérature, grammaire, géographie, ce n'étaient là que des occasions de satisfaire sa manie de gloire scolaire. On lui eût appris tout ce qu'on eût voulu, depuis que cette ambition avait été allumée en lui. Cette ambition l'aveu- glait : il en était arrivé à ne plus sentir, autour de lui, la petite allure de la vie, à ne plus voir l'aspect monotone, plat et banal, des choses : le surveillant d'étude qui bâille sur ses auteurs de licence, les paresseux qui bâclent leur thème, et les cancres qui attrapent des mouches, ou qui regardent tristement vers les fenêtres où le ciel de nacre s'approfondit en nuit bleue. Il n'était même plus touché par la mélancolie de ces soirs de Saint-Augustin, ces soirs désespérés de village de la Grande Banlieue, où Ton entend, jusqu'au sommeil, gémir au loin vers Paris des trains qui semblent fuir épouvantés.... Tout l'effort de Joanny Léniot était tendu vers ce qu'il appelait, au plus secret de lui-même : le succès.

Eh bien, voici : on rentrait en classe ; le professeur était assis dans la chaire ; devant lui, un paquet de copies corrigées. Le silence fait, il disait :

— J'ai donné la note 18 à la version de M. Léniot ; elle est sans faute grave ; je vais vous la lire.

Ou bien c'étaient les résultats de la dernière composi- tion. On ne les donnait qu'en présence du Préfet des Etudes et d'un Surveillant Général, dans chaque classe, toutes les semaines, le samedi soir. On commençait par les classes les plus élevées : Philosophie, Rhétorique...

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