Page:NRF 3.djvu/563

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poème 553

Et qu'un faune poursuit sur la rapide pente.

— Muet accablement d'un square d'Agrigente : Jardin tout ennuyé de ses fleurs, où j'étais

Un lambeau apaisé d'un monde qui se tait. Dans ce dormant Dimanche, amolli et tenace, Mêlée à l'étendue, éparse dans l'espace, Etrangère à mon cœur, à mes pesants tourments, Je n'étais plus qu'un vaste et pur pressentiment De tous les avenirs, dont les heures fécondes S'accompliront sans nous jusqu'à la fin des mondes. . .

— Chaud silence ; et l'élan que donne la torpeur ! L'air luit ; le sifflement d'un bateau à vapeur Jette son rauque appel à la rive marchande.

Une glu argentée entr'ouvre les amandes ;

De lourds pigeons, heurtés aux arceaux d'un couvent,

Font un bruit éclatant de satin et de vent

Comme un large éventail dans les nuits sévillanes. . .

Sur l'aride sentier, un pâtre sur un âne

Chantonne, avec l'habile et perfide langueur

D'une main qui se glisse et qui cherche le coeur.

— Par ce cristal des jours, par ces splendeurs païennes, Seigneur, préservez-nous de la paix quotidienne

Qui stagne sans désir, comme de glauques eaux ! Nous avons faim d'un chant et d'un bonheur nouveau. Je sais que l'âpre joie en blessures abonde, Je ne demande pas le repos en ce monde ; Vous m'appelez, je vais ; votre but est secret ; Vous m'égarez toujours dans la sombre forêt ; Mais quand vous m'assignez quelque nouvel orage, Merci pour le danger, merci pour le courage !

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