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FERMINA MARQUEZ 649

une très haute montagne, abrupte et noire, d'un aspect trop austère pour vos regards, Mademoiselle. — Oh, écoutez-moi jusqu'au bout ; je ne vous dirai rien qui puisse vous faire de la peine. Tenez, asseyons-nous. "

Il lui prit la main et l'entraîna. Elle cédait, ne souhai- tant même pas s'en aller. Elle savait qu'il venait de la voir dans la charmille avec Santos. Or, il lui semblait qu'il ne s'agissait plus de cela, mais de choses beaucoup plus graves, qu'elle comprenait mal. Il dit :

— L'amour de nulle femme ne suffira jamais à rem- plir mon cœur. Ce que je veux, c'est la gloire. Et la vraie gloire, celle qu'on n'a pas demandée. Je vois autour de moi de bons élèves qui ne sont pas satisfaits d'être ponc- tuels et de faire des devoirs sans fautes ; ils éprouvent le besoin de fortifier leur position par toutes sortes de petites intrigues : ils cherchent à rendre des services aux surveil- lants, ils rient de tous les bons mots que disent les pro- fesseurs à leurs cours. Pour moi, je ne puis faire cela : mon visage, aussi bien que mon âme, est trop sévère. Je travaille sans aucune ostentation de zèle ; mais si vous saviez avec quelle application farouche ! J'accueille les compliments mêmes avec une indifférence simulée. Enfin, j'aime à sentir que je suis antipathique à tous les profes- seurs, et que, malgré cela, ils sont bien obligés de me donner les meilleures notes,

" J'ai pour correspondant à Paris Julien Morot, le romancier. Il paraît qu'il est célèbre. Je respecte tellement la gloire, que je respecte même sa gloire à lui, dont je ne voudrais pour rien au monde. C'est une gloire pareille à la célébrité d'une maison de commerce : elle ne se soutient que par une incessante réclame. Payée en services rendus

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