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LE RÈGNE DE l'aRTISTE 6l

"Nous ne sommes pas toujours incitez à faire ce que nous trouvons bien fait, ains au contraire, bien souvent prenant plaisir à F œuvre nous en mesprisons l'ouvrier, comme es compositions des perfums et es teintures de pourpre : car nous nous délectons de l'un et de F autre, et néanmoins estimons les perfumiers et teinturies per- sonnes viles et mechaniques. Pourtant respondit très- bien Antisthenes a un qui lui disait que Ismenias estait excellent joueur de fus tes, Cest-mon, dit-il, mais au demeurant homme qui ne vaut rien : car autrement il ne serait point si excellent joueur de flustes. Auquel propos Philippus Roi de Macédoine dit une fois à son fils Alexandre le Grand, qui avait chanté en un festin fort plaisamment, et en homme qui entendait bien Fart de musique, N'as-tu point de honte de chanter si bien ? Pour ce qu'il suffit qu'un Roy employé quelque fois son loisir à ouïr chanter les chantres, et fait beaucoup d'honneur aux Muses de vouloir estre aucune fois audi- teur des ouvriers de tel art, quand ils font à F envi les uns des autres, à qui chantera le mieux. Mais qui actuellement exerce quelque art basse et vile, il produit en tesmoignage contre soy-mesme le labeur qu'il a employé en choses inutiles, pour prouver qu'il a esté paresseux a apprendre les ho nés tes et utiles. Et n'y eut jamais jeune homme de bon cœur et de gentile nature, qui en regardant l'image de Iupiter, laquelle est en la ville de Pise, souhaitast devenir Phidias, ni Polycletus en regardant celle de Iuno qui est en Argos, ne qui desiras t estre Anacreon, ou Philemon, ou Archilochus

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