Page:NRF 3.djvu/71

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LE RÈGNE DE l'aRTISTE 6$

Scrupules d'un Racine ! Ne fallait-il pas que le génie lyrique sût se faire singulièrement oublier pour que Saint-Simon pût dire : " Rien du poète dans son commerce^ tout de F honnête homme et de Vhomme modeste " ; pour qu'on n'écoutât pas trop M me de Sévigné quand elle écrivait : " Notre roi mériterait bien d'avoir d'autres historiens que des poëtes ", à quoi Bussy-Rabutin répondait, reléguant Racine au rôle de bouffon : Je serais fort- trompé s'il ne tombe à la fin comme T Angèly. " Il fallait la même subordination à l'égard d'une donnée tragique: " Je rapporte ces autorités parce que je me suis très scrupuleusement attaché à suivre la fable " (Préf. de Phèdre.) 11 ne s'agit même pas d'histoire ! Aucune humiliation à suivre Euripide pas à pas, des excuses au contraire chaque fois qu'il s'en écarte, car à mettre en question les choses consacrées on con- serve difficilement l'amitié des Rois. — Mais brus- quement cette déférence irrite et serre le cœur. On éprouve un malaise, presque une honte. Ah, que Racine n'écarte-t-il plus fièrement les attaques et les cabales ! " La moindre critique^ quelque mauvaise quelle ait ètè y ma toujours causé plus de chagrin que toutes les louanges ne m ont fait de plaisir. " Hélas, il doute, il cède, il se cache. Son siècle a fini par lui faire passer jusqu'au goût du vin.

Ne dirait-on pas que sa royauté, un tel artiste n'ait pu l'exercer que par fraude, en dissimulant son audace et sa force ? Les autorités de son siècle

5

�� �