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PAUL GAUGUIN 743

se reformer. Il invoque en silence les éléments dispersés et les rejoint par une sorte d'influence, ainsi qu'en soufflant sur des braises on les ranime en une seule flamme.

A ce moment naît l'accord du tableau. Toutes les diverses couleurs, sous l'inspiration cachée, consentent un pacte. — Les objets sont amenés doucement à se correspondre, leurs visages déli- cats et différents se tournent vers moi. Je reconnais chacun, je goûte longuement sa nuance agrandie ; et je sens avec délice comment elle est confirmée en ce même moment à l'autre extrémité du tableau par une touche imperceptible qui l'imite, dissimulée. Délicatesse des rappels secrets ! Sou- venir parmi les feuilles du ton le plus exposé ! Jardin des balancements !

Le tableau de Gauguin que j'aime le plus n'est pas ici. Peut-être en ceux-ci trop de fleur, une richesse trop épanouie... Je songe à ce grand panneau, 1 à cet étrange Paradis méditatif, que Gauguin intitule : " Que sommes-nous ? D'où venons-nous ? Où allons-nous ? " Il renferme des parties de clair-obscur, des enveloppements. La tiède nuit tahitienne baigne le paysage. Et n'est- ce pas elle qui se tient dans le fond comme une femme voilée par l'ombre et retirée ?

Jacques Rivière.

1 Appartenant à M. Frizeau.

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