Page:NRF 3.djvu/778

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


768 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

honteuse : " Que doit-il penser de moi ? " Elle aurait voulu ne lui avoir jamais fait ces confidences, ne lui avoir jamais fait part de ces pensées toutes pures du temps où elle était encore innocente et pieuse. " Hypocrite ! Il doit croire que je suis une hypocrite ! " se disait-elle, et, le cœur empoisonné de remords, elle pensait que c'était ainsi que Dieu la punissait de son abandon. A peine osait-elle encore prier.

Pourtant, le monde devrait comprendre nos sentiments, au lieu de nous condamner. Au moment même où elle avait pris Joanny Léniot pour confident de ses pieuses pensées, elle luttait déjà contre ce penchant qui l'en- traînait vers l'amour humain. C'était même pour se fortifier dans sa résistance au péché qu'elle avait recherché ces entretiens pieux, qu'elle avait dit toutes ces choses, jalousement gardées jusque-là. Et son attente avait été trompée. A mesure qu'elle donnait à sa ferveur religieuse toute liberté de s'exprimer, cette ferveur l'abandonnait. Sans le savoir, cet enfant avait assisté à l'agonie de sa piété ; c'étaient les cris de cette piété mourante qu'il avait entendus.

Un soir, en rentrant dans sa chambre, elle s'était laissé tomber sur le tapis, en sanglotant. Elle voulait s'humilier, anéantir tout le péché qu'elle sentait en elle, qui allait la vaincre. Elle résolut donc de rester allongée, face au plafond, les pieds joints et les bras en croix, pendant une heure. Mais bientôt ce fut intolérable ; oppressée, courbaturée, les veines de sa tête gonflées à éclater, elle n'y put tenir plus longtemps. Elle se releva, et regarda le cadran de son réveil : elle avait persévéré pendant dix minutes à peine. Alors, elle se plongea

�� �