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UNE BELLE VUE 79

Ah ! charmante Henriette, rien que de la façon dont elle avait posé son interrogatoire, elle m'eût conquis, mais elle me plaisait de tout temps. Que prenait-il donc à ma sœur de lui jeter son nom comme une impertinence, en retour de tant de bonne grâce ?

Marguerite garda ses grands airs pinces. Elle était venue au Colombier comme un chien qu'on fouette et ne fut pas sensible à l'agrément de faire une nouvelle connaissance. Il y avait pourtant pénurie de filles autour d'elle depuis l'éclipsé de mesdemoiselles de Chaberton.

Henriette et moi la laissâmes à sa maussaderie. Du même âge, disposés à nous entendre, nous nous suffisions l'un à l'autre. D'abord sérieuse, comme l'exigeaient les circonstances, elle laissait peu à peu la gaîté naturelle à ses douze ans reprendre le dessus. De mon côté, j'oubliais les pénibles impressions de l'arrivée. Nous fîmes, la main dans la main, le tour du propriétaire. Certes, il n'y avait ici sous le rapport de l'entretien aucune comparaison avec Longval, ni avec les propriétés de Messieurs de Chaberton et Davèzieux. Les arbres n'étaient pas émondés, ni les chemins sarclés, ni l'herbe tondue. Une pauvre bordure de pétunias décorait en tout et pour tout le devant de la maison. Et cependant tout me plaisait dans ce parc à demi abandonné. J'aimais ce basfond privé de vue, ces sentiers obstrués par les branches, cette prairie à l'herbe haute, cet étang pavé de nénuphars, ces fourrés sauvages où se battaient des merles. Depuis le temps de Prosper, je ne m'étais jamais senti aussi heureux.

Moments trop courts ! On nous rappelait déjà. Et il me fallait dire adieu au Colombier jusqu'aux vacances prochaines ! N'importe ! Quel que fût mon chagrin de

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