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UNE BELLE VUE 83

recevoir qui bon me semblait. Et vous l'avez fait ensuite à l'offensé ! Vous vous êtes plaint de moi ; vous m'avez ostensiblement évité... C'est comme avec Davèzieux ; vous lui jouez un tour dégoûtant, vous enlevez cinquante pour cent à la valeur de sa propriété, et après cela vous vous donnez des airs de victime. Vous auriez peut-être voulu que Davèzieux vous remerciât ! Mais, ma parole, si j'avais été à sa place, je serais venu couper vos arbres moi- même !

Dressé sur ses ergots, les yeux hors de la tête, la moustache hérissée, la salive aux lèvres, il dégoisait ses insanités avec une frénésie croissante, et pensait ce qu'il disait, au fur et à mesure du moins que les mots lui venaient à la bouche. Ses éclats de voix, ses gesticu- lations faisaient se retourner, à ma grande honte, les passants. Mon père, lui, ne se défendait pas, ne se fâchait pas, ne tentait ni de répondre, ni de s'en aller. Il avait l'air d'un homme qui rêve. Mais il était blanc comme linge.

— Et puis en voilà assez ! conclut M. de Chaberton. Je suis bien bon de m'étonner. Comme si votre réputation de chicaneur n'était pas faite ! Comme si vos façons d'agir ne vous avaient pas rendu la risée de Saint-Clair ! Mais en vérité, je ne suis pas habitué, dans mon monde, à pareil manque de savoir-vivre !

Sur quoi, il pirouetta sur les talons et tira de son côté, en coupant l'air énergiquement avec sa canne.

Cette scène, qui, étant donné surtout son auteur, ne méritait qu'un haussement d'épaules, fut le coup de grâce pour mon père. Le funeste penchant de son esprit l'incli- nait à ne rien prendre qu'au sérieux. Le peu de jours qui lui

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