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212 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Frère Saint-Jean. — Mon Père, nous avons exécuté vos ordres ; le jour, il travaille là-haut, sur son échafaudage, taillant Notre-Dame-des-Sept- Douleurs, et l'escalier est fermé sous ses pas à double tour ; la nuit, il dort dans une cellule auprès de la mienne.

Le Père Supérieur. — Que dit-il ? Parle-t-il de sa femme ?

Frère Saint-Jean. — Il ne dit rien, mon Père.

Le Père Supérieur. — C'est bon. Il faut qu'il reste seul. Si nous n'étions pas durs avec lui, il lâcherait son marteau. Tant pis pour lui. Jadis, au temps du peuple de Dieu, les saints et les pro- phètes vivaient comme tout le monde, avec tout le monde, et tous les jours au milieu de tout le monde faisaient leur besogne de sainteté, et même avaient besoin du monde pour en tirer la matière de leur oeuvre divine, l'objet de leurs imprécations, la nourriture de leurs prières. Il n'y a pas long- temps encore, quand on bâtissait les cathédrales, ceux qui sculptaient les tympans et les voussures étaient des ouvriers comme tout le monde. Ils prenaient leur tâche au petit jour, après un verre de vin, s'arrêtaient une heure pour manger, et le soir rentraient auprès de leur femme ; ils travail- laient à l'église comme leurs camarades à la carrière. Si quelqu'un chez eux tombait malade, eh bien ! c'étaient des maçons comme les autres, ils passaient auprès de son lit le temps qu'on donne

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