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25'^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

peu s'élevait. Là où il y avait un semblant de terre, elle revêtait une teinte verte pareille à la mousse sur Fécorce lisse de certains arbres. Au bout de quelques heures, sentant ma monture fatiguée, je mis pied à terre et lui lâchai la bride sur le cou, ainsi que l'on m'avait recommandé de faire. Elle retourna aussitôt en arrière, retraçant sans hésita- tion le chemin par oh. nous étions venus.

Je continuai de marcher devant moi, ignorant tout du pays, à m'éloigner.

J'étais dévoré d'une ardeur sèche, poussé par J une volonté âpre et détournée. Sans presque m'enj apercevoir, j'atteignis un plateau élevé.

Le soleil maintenant perçait les brumes légères,] mais sur ce terrain effrité, la lumière ne savait oùj rebondir. Elle s'éparpillait en petites clartés, divi- sées par des ombres minces. Vallonnements, plaines,] ravins escarpés, sommets abrupts, je dominai du] regard une immense étendue retenue dans des] formes solides et strictes, mais vide entièrement.

La mer la bordait d'un côté, pâle ruban bleu à| la fin du ciel. De l'autre, de hautes montagnes laj fermaient qui gardaient de la neige dans leursî replis. Elles étaient comme desséchées par un froic millénaire, impuissantes et violentes. Nul geyser miraculeux, encore brûlant du profond contact duj planète ne fusait de ce sol contracté. L'angoissel me guettait comme une tentation. Ah que je n< regarde pas du côté du bonheur ! Soutenez-moij|

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