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ROSE LOURDIN 521

cœur quand j'eus fermé la porte derrière moi ! Vite, je passai dans le vestiaire. Là, j'étais sauvée. Je quittai mon sarrau et pris le sien. C'était la première fois que je me déguisais ; je ne prévoyais guère que cela deviendrait mon métier un jour. Soudain, j'entendis un bruit dans le dor- toir. Je sortis du vestiaire et fis face au danger. Ce n'était rien : je n'avais pas poussé le loquet jusqu'au bout, et la porte s'était ouverte. Je me jetai sur elle et la repoussai avec tout mon corps. Dans un éclair j'avais vu quel- qu'une des autres découvrant mon secret, et une pensée de meurtre avait traversé mon esprit. Je revins au vestiaire... Oh, ce rendez-vous avec un sarrau noir de petite pensionnaire ! Et moi qui m'étais promis de vous raconter tout cela sans cacher une seule fois ma figure dans mes mains !

Je pressais l'étoffe sur moi ; je me baignais en elle ; je la goûtais avec tout mon visage. Je pris aussi l'étroite ceinture de cuir ; Rôschen avait écrit son nom sur la peau blanche, à l'intérieur. Je l'embrassai, sans appuyer, deux ou trois fois. J'allais la boucler autour de ma taille lorsque, soudain, je me vis avec les yeux des autres. Alors tout cela me parut si ridicule que je repris bien vite mon sarrau, replaçai celui de Rôschen et la ceinture à leur clou, et descendis en courant jusqu'au préau. Rosa Kessler s'y promenait, donnant le bras à une grande. Je rencon- trai son regard distrait et me sentis rassurée, et heureuse. Même, en passant près d'elle, j'osai la regarder en face^ et, presque, lui sourire.

Un soir de rentrée, j'étais bien triste, et Mlle Spiess me rencontra dans un couloir juste au moment où j'allais me mettre à pleurer. Elle était bonne ; elle eut pitié de moi et me dit :

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