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PROLOGUE 785

VIOLAINE. — Pauvre Pierre !

PIERRE DE CRAON. — Ce n'est pas de cela qu'il faut me plaindre ; nous sommes à part.

Je ne vis pas de plain pied avec les autres hommes, toujours sous terre avec les fondations ou dans le ciel avec le clocher.

VIOLAINE. — Eh bien ! Nous n'aurions pas fait ménage ensemble ! Je ne puis monter au grenier sans que la tête me tourne.

PIERRE DE CRAON. — Cette église seule sera ma femme qui va être tirée de mon côté comme une Eve de pierre, dans le sommeil de la douleur.

Puissé-je bientôt sous moi sentir s'élever mon vaste ouvrage, poser la main sur cette chose indes- tructible que j'ai faite et qui tient ensemble dans toutes ses parties, cette œuvre bien fermée que j'ai construite de pierre forte afin que le principe y commence, mon œuvre que Dieu habite !

Je ne descendrai plus ! C'est moi qu'à cent pieds au-dessous sur le pavé quadrillé un paquet de jeunes filles enlacées désigne d'un doigt aigu !

VIOLAINE. — Il faut descendre. Qui sait si je n'aurai pas besoin de vous un jour }

PIERRE DE CRAON. — Adieu, Violaine, mon âme, je ne vous verrai plus !

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