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JULIETTE LA JOLIE 995

Chez les Gallois il n'y avait pas de mère Catherine pour faire du bruit. Mais les cloches et le canon savaient se faire entendre, et Juliette se réveilla d'un seul coup, sans se frotter les yeux. Elle s'était couchée beaucoup plus tard que le Louis. Sur la place, au Café du Commerce, elle avait bu de la bière et de la limonade en écoutant la musique et en regardant les illuminations. Le Paul, elle le trouvait amusant avec ses histoires, et ses airs de n'avoir peur de rien ni de personne, et sa ceinture bleue. Mais elle se rappelait certaines scènes de fêtes dans de grandes villes ou dans des châteaux, dont elle avait lu les descriptions dans ses feuilletons. Voyant cette place bordée de maisons qu'elle connaissait toutes de la cave au grenier, ces hommes, ces femmes qu'elle rencontrait quotidienne- ment, elle se disait, malgré les illuminations, les fanfares et les habits de fête :

— Ici ce n'est pas la même chose que dans les grandes villes, que dans les châteaux.

Elle n'en souflFrait point, parce qu'elle n'avait guère plus de seize ans, et qu'elle sentait devant elle toute sa vie.

Ensuite on était allé danser chez Bourelet jusqu'à une heure du matin.

Elle n'avait pas eu le temps de penser au pauvre Louis. Pourtant, vers sept heures du soir, elle s'était dit :

— J'ai eu tort de lui annoncer que j'irais à la retraite aux flambeaux. Je savais bien que les Nolot viendraient nous prendre, et il ne sera pas assez hardi pour me rejoindre quand nous serons ensemble. Il a peur de tout le monde. Mais, ma foi, tant pis ! Et puis est-ce qu'il pourra seulement venir ? Sa mère est capable de l'en- fermer.

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