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I004 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

dessus, bras-dessous. Léontine ne ressemblait pas à Juliette. Elle n'allait pas travailler tous les jours comme l'Agathe et la Marie, mais elle était beaucoup plus régulière que Juliette. Grande et forte pour son âge, elle tenait surtout de sa mère. Elle pensait s'établir un jour couturière. Elle disait souvent à François :

— Et puis, quand nous serons mariés...

Juliette était plus incertaine. Elle marchait à côté du Paul, mais sans lui donner le bras. Elle se marierait peut- être avec lui, peut-être avec un autre, peut-être pas du tout. Elle n'en savait rien. Elle n'y pensait pas.

Le Paul, lui, ne doutait de rien. Il la considérait comme conquise, comme acquise. II espérait même ne pas attendre jusqu'au jour du mariage. Si quelque chose arrivait — est-ce qu'on sait jamais ? — eh bien, cela ferait tout simplement avancer la noce. Ils se marie- raient avant François et Léontine. A moins qu'eux aussi...

Si, dès huit heures du matin, au Bois du Four il faisait chaud, c'était pire dans le champ des Frébault où pas un arbre n'allongeait son ombre. Il n'y avait d'heureux que l'âne, dételé depuis le matin, et qui se reposait à l'ombre près de la maison de la Chipée. Frébault et sa femme coiffés de chapeaux de joncs plus vieux encore que celui de M""^ Durand, travaillaient. Le pauvre Louis les imitait par force. La mère Catherine tâchait de se rendre utile, mais, ne pouvant se séparer de son bâton, elle ne faisait guère avancer la besogne.

Vers midi ils "goûtèrent " dans les environs de l'âne, à l'ombre. Dire qu'ils déjeûnaient eût paru trop ambitieux, ces sortes de repas se composant, pour les Frébault, de

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