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JULIETTE LA JOLIE IOI3

DEUXIÈME PARTIE X

Il avait passé beaucoup d'eau sous le pont des Canes. Le ciel d'hiver s'était vidé de sa neige sur les maisons, sur les routes et sur les bois. Les violettes n'existaient plus. Mais les cerisiers étaient tout rouges de cerises.

La ville chaque matin se réveillait pareille, avec ses rues qui sont des artères où la vie, chaque soir s'assoupis- sant, recommence à circuler dès l'aube. Les maisons se retrouvaient, toutes pareilles aussi, avec leurs portes pleines, leurs fenêtres à rideaux de percale, leurs meubles dont les pieds sont bien inutiles, puisque jamais on ne les change de place. La terre s'était de nouveau couverte d'herbe, et les arbres de feuilles, suivant leur habitude.

M. Hilaire, le secrétaire de la mairie, avait enregistré des naissances, des mariages, des morts, parce que c'était son métier. Il avait pris note de la mort de la mère Catherine, partie sans son bâton pour un voyage cependant bien pénible. Quelques mois après l'âne était mort à son tour, de vieillesse comme elle et peut-être aussi de chagrin, mais M. Hilaire n'avait pas enregistré la mort de l'âne.

Depuis la dispute du Dimanche où Lucienne était venue, les deux familles auraient pu être à couteaux tirés. Mais Frébault se tenait à l'écart. Il l'avait dit à sa femme :

— Tu vas nous mettre tout le monde à dos.

Il n'aimait pas être mêlé à toutes ces histoires qui ne

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