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JULIETTE LA JOLIE IOI9

ses yeux se brouillèrent. Elle était pâlotte, avec ce visage de langueur malicieuse qu'ont beaucoup de Parisiennes. Elle n'avait pas volé son nom : jolie comme un papillon, elle semblait si frêle qu'on n'aurait d'abord osé la toucher qu'avec des mains infiniment délicates. Le Lexandre la regardait aussi, regrettant sans doute une fois de plus de se sentir si vieux. Il n'avait dû amener ici son frère qu'à la dernière extrémité. Les pourparlers ne traînèrent pas en longueur. M""* Papillon avoua, sans fausse honte, que Marcelle était " née de père inconnu. " Mais il s'agissait bien pour Cougny du père de Marcelle ! Il se demandait : ( — Comment se fait-il qu'elle ne soit pas encore mariée ? Non qu'elle fût à la veille de coiffer Sainte-Catherine, mais il avait peur que, d'un jour à l'autre, quelque jeune homme riche, qu'elle lui préférerait peut-être, vînt à s'éprendre d'elle. Il lui paraissait impossible que tout le monde n'aimât point Marcelle. Née à Paris elle y avait toujours vécu, mais une petite ville, afl5rmait-elle, n'était point pour lui déplaire. Quant à M™* Papillon elle ne s'en cachait pas, elle disait :

— Moi, jamais je ne pourrais vivre dans un trou pareil. Trois mille habitants ! Peut-être pas autant que dans la rue Vieille-du-Temple !

C'était une de ces vraies Parisiennes qui trouvent que, le Bois de Vincennes et le Bois de Boulogne, on s'y ennuie déjà comme à la campagne, excepté le Dimanche parce qu'il y va beaucoup de monde.

Sans doute le départ de sa fille allait la laisser bien seule, et presque sans ressources.

— Ne pensez donc pas à ça ! dit Cougny. Tenez : voici déjà de quoi aviser au plus pressé.

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