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I024 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

suffisait de prendre le train pour Paris, et l'on en revenait avec une " petite femme " comme Marcelle ?

Ceux qui attendaient les Dimanches et les fêtes pour bien manger et bien boire, ceux même pour qui tous les jours de semaine se succédaient dans l'insouciance et la joie, n'étaient pas l'exception. Mais ceux qui voulaient s'amuser, " rigoler " encore d'une autre façon avant de mourir — ce n'est pas quand on sera dans la tombe qu'on pourra s'en payer à gogo, n'est-ce pas ? — n'étaient point rares non plus. On les connaissait tous.

Il n'y a pas, chez Maraloup, que l'odeur de la viande qui cuit pour le Dimanche soir, ni que ces quatre litres qu'on est allé chercher tout-à-l'heure chez l'aubergiste. Bien manger, bien boire, ce n'est pas le seul plaisir qu'on ait sur terre, madame, et ce n'est pas dans les choux de notre jardin que nous avons trouvé nos enfants. En voici quatre devant la porte, les trois autres courent dans la ville ou dans les bois, le Philibert est avec son père, un que je tiens sur mes bras, et je crois bien, entre nous, si je ne me trompe pas, que ce n'est pas le dernier.

On connaissait Taupin. A cause de sa figure rasée, il ressemblait à un vieil acteur en retraite, mais à soixante- cinq ans il travaillait encore. Avec sa voiture à âne il allait de fête en fête, dans toutes les communes du canton, et sur la place installait son tir. Qui n'a pas connu le tir de Taupin ? On tirait, sans poudre, sans fumée et sans bruit, avec un fusil-arbalète. Visant un petit cercle noir, en l'espèce le mille, les plus adroits faisaient s'ouvrir une porte à deux battants ; monté sur roulettes et glissant sur deux rails, un polichinelle venait jusqu'au tireur. Les jours de bonne humeur, Taupin le prenait sur ses deux

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