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��LA LITTERATURE

��Chateaubriand, par Jules LemaUre.

Le bruit qui s'est fait autour de ce livre ne doit pas surprendre. Le talent de M. Jules Lemaître y a moins encore de part que le nom de Chateaubriand. Si obscurci que soit le principal de son oeuvre, jamais il n'a cessé de passionner, et de redemander aux échos sa musique. La raison en est claire. Quiconque écrit et tient de la fonction d'écrire un certain culte pour la phrase, le reconnaît pour son ancêtre authentique. Il fournit à la corpo- ration littéraire le saint, ou l'un des saints, de sa bannière. Il est, pour l'écrivain professionnel, ce qu'était Rousseau pour un révolutionnaire, ce qu'est Bossuet pour un traditionaliste, ce qu'est Platon pour un métaphysicien, le héros exact du métier. Et comme une des fonctions naturelles de l'homme de lettres, tel que le siècle l'a fait, consiste à exprimer son dégoût de la littérature, (et Chateaubriand le premier n'y a pas manqué), un des plaisirs particuliers qu'il donne à ceux de ses successeurs qui s'occupent de lui est de voir dans ce littérateur-type le méfait essentiel de l'écriture, et d'observer chez lui, à plein et en clair, le genre de déformation et le génie d'orgueil qui gouvernent toute plume en mouvement. Aussi parlent-ils de lui sans indulgence. On ne peut écrire sur lui qu'un livre, et un seul homme au XIX^ siècle pouvait être chargé par la Providence de l'écrire : c'était Sainte Beuve, qui, dès que Chateaubriand fut mort, s'en alla, à la suite d'une histoire de cheminée qu'il a racontée, conférencier et travailler à Liège. Bien qu'il n'ait eu entre les mains qu'une petite partie des Mémoires d'Outre-

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