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1040 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

dont les Contemporains ou les Marges des vieux livres, nous apportent un agrément d'art absolument pur, écrit son Racine^ son Fénelony son Chateaubriand dans un style que je veux bien familier, mais qui me paraît tout de même hâtif, et quand on y trouve un morceau tout à fait beau, il se détache peut-être trop visiblement sur les espaces " parlés " qui l'entourent. Je sais bien que M. Lemaître, qui est, paraît-il, un lecteur admirable, à le goût trop délicat pour lire des pages qui soient d'apparence évidemment écrites. C'est la faute d'un genre faux, la conférence lue. Les conférences de Brunetière, reproduites telles quelles, restaient robustes et drues de forme ; mais Brunetière, écrivant d'un style parlé qu'il croyait tenir du XVIP siècle (et dont il a donné la théorie) pouvait, à plus forte raison, parler de ce même style, et n'avait pas à se mettre en garde contre une parole trop écrite. Tout cela pour dire que si j'étais M. Jules Lemaître, j'aimerais que la forme de mon livre parût aussi irréprochable que celle de mes confé- rences, et je les récrirais pour les publier.

Purisme, peut-être, exagéré, et M. Lemaître répondrait en souriant que ce serait attacher là bien de l'importance à un livre. Soit. Ne lui demandons que ce qu'il donne et dit, et reconnaissons qu'il est souvent aussi intelligent et spirituel en ce qu'il tait qu'en ce qu'il dit. N'est-il pas charmant, par exemple, et vraiment paradoxal aujourd'hui, de nous avoir parlé de Chateaubriand sans s'être cru obligé de brosser une toile de fond avec une image de la Bretagne ? Aucun souvenir de bains de mer dans la première leçon, quel exemple pour le provincialisme intempérant ! Quel exemple pour M. Victor Giraud, qui a écrit un ou deux livres parfaitement estimables sur Chateaubriand, mais qui, dans ses premières pages, telles du moins que je les lisais dans la Revue des Deux Mondes, ne manque pas aux clichés géographiques pour projections, et nous renvoie, en note, à toute une bibliothèque parmi laquelle figure la Géologie agricole de Risler ! (Et le public de la Revue des Deux

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