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LES POÈMES ÏO57

l'Homère du Nouveau-Monde : je discerne en chacun des jeunes poètes groupés à l Effort une nature trop personnelle et qu'aucun n'est près d'abdiquer. Ils sont nourris en outre, je le sais, des œuvres les plus complexes de notre littérature récente ; je reconnais souvent encore dans leurs ouvrages la marque de Claudel, de Maeterlinck, de Rimbaud, de Kahn — voire de René Ghil. Certains, comme M. Romains, montrent un goût singulier pour les images insolites et les sourdes correspondances : ce goût eût étonné Whitman... Dans son mépris de la sonorité, un Duhamel trouve sans cesse de justes rhythmes ; il sait atteindre à une parfaite sobriété. Une cadence toujours jolie mène les poèmes de Vildrac. Et je ne parle pas de Georges Périn, d'eux tous le plus amoureux de beauté gratuite et qui ne saurait renoncer à la mélodie héritée... Enfin ils n'ignorent pas la composition, et certaines de leurs œuvres sont harmonieuse- ment balancées. Non, l'idée de 1' " œuvre d'art " n'est jamais complètement absente de leurs poèmes. Mais il faut bien constater qu'elle n'y règne plus en maîtresse et que partout s'insurge, partout s'affirme le droit à l'improvisation, à renon- ciation directe, voire abstraite de la pensée.

On n'a pas assez remarqué, par exemple, le rôle que joue le procédé d'énumération, de répétition, d'accumulation — celui- là même qui fleurit si magnifiquement chez Péguy, mais soutenu chez lui par une inépuisable générosité lyrique — dans les poèmes les plus brefs, les plus concis de Duhamel et de Vildrac. Un exemple :

Toutes ces choses sans importance. Toutes ces choses que tu sais. Sont-elles vraiment si peu importantes ?

��Et ces longs moments sans joie ni douleur. Tous ces longs moments qui sont ta vie même. Tout cela peut-il nCêtre indiffèrent ?

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