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NOTES 105

rancune du mari a disparu ; résigné, il oublierait tout — mais il ne peut pardonner à Veltchaninov d'avoir repris sa fille ; Veltchaninov n'est père que selon la chair, Trousotskj- est père selon le cœur ; c'est lui qu'aimait la petite Lisa, et c'est U qu'est l'injure la plus grave qui sépare les deux hommes, la blessure que rien ne guérira.

Mais que cette " explication " finale est funeste ! La détente que doit éprouver à voir tout s'éclaircir, un spectateur qui n'aurait rien compris encore, ne rachète pas le déplaisir et la déception de qui goûtait jusque là ce déchiôrage psychologique délicat, cette émotion de découverte humaine, restituée et intensifiée par la mise i la scène d'un sujet de Dostoievsky.

��Avant tout, de tels essais sont instructife. Ils nous avertissent du degré d'acceptation auquel est parvenu le public. Ils pré- parent ce public à l'intelligence des œuvres qui heurteront davantage encore ses habitudes. Enfin ils nous font penser à Dostoïevsk)'.

Son œuvre, on l'a remarqué, présente une réserve dramatique immense, capable de récompenser richement les efforts des pèlerins qui s'acheminent vers lui. On n'est point frappé seule- ment de cette action rapide, de cet enchaînement rigoureux et multiple, de cette tension tragique, excessive et continue, qui permettrait de transporter du livre sur le théâtre, des scènes entières. Il s'agit de correspondances plus profondes. La pensée de Dostoïevsky, pour se faire roman, subit les mêmes transfor- mations que la pensée d'un dramaturge en devenant drame. Ce sont les mêmes intermédiaires qui tombent, les mêmes déve- loppements qui se rassemblent, suivant des lois identiques. L'action ne nous est point expliquée par les personnages, mais nous les révèle au contraire. Ou plutôt ils naissent, dans notre pensée, de la suite des efforts de celle-ci pour expliquer leurs

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