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142 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

est traversé toujours d'un chemin étroit bordé de buis et semé de sable. De l'une à l'autre des rues, c'est le va-et-vient continuel des passants, la pro- menade des amoureux. A l'endroit où reposent les morts, des ouvriers, des employés viennent lire à l'heure de midi, d'autres mangent et boivent, de petits polissons jouent à shuffle-half-penny sur les tombes. Toi, dans tout ce mouvement et ce bruit, comme le pauvre naufragé au milieu de son île, tranquillement tu dors à jamais.

Ah ! si le Hasard, ce vieux gentleman équi- voque qui joua un rôle si grand dans tes aven- tures, si le Hasard n'eût conduit mes pas, qui donc, Daniel, eût bien pu me faire connaître que tu étais là } O toi vers qui je venais depuis long- temps et tendais les mains.

Toi qui as vu les îles planer sur l'Océan comme des oiseaux.

Toi qui nous as menés vers les Amériques !

A force de t'imaginer, debout, dans un paysage d'émeraude, entouré d'oiseaux multicolores, mar- chant sous les palmes, abrité par un parasol, vêtu d'un sayon de poils de chèvre et suivi de ton perroquet Poil répétant ton nom à tous les échos, il fallait bien que tu parusses quelque jour à mes yeux. Mais, mon pauvre Daniel, ta vie n'a pas été aussi éclatante ; elle n'a pas rayonné au milieu des mers ; le tabac du Brésil ne l'a pas parfumée de

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