Page:NRF 7.djvu/153

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princes et la guerre des peuples ! Et c’est bien là le tableau ardent, cynique et divers dont tu emplis tes yeux et ta mémoire, de Foë !

Ah ! le singulier monde qui agitait Londres alors, dans le temps que la meute jacobite tenait la cité et faisait la loi ! " Poisson de Dieu ! " comme eût dit Charles II le crapuleux, s’il eût vécu encore, " voilà un étrange relent dans Londres, et, quand, dans Billingsgate, les pêcheurs apportent dans les lourds paniers dégouttants de vase et d’eau les poissons les plus visqueux de la mer, il ne s’échappe pas des caques une odeur plus forte ! "

Toi, Daniel, oppressé par tout le poids de cette révélation de ce que sont les hommes, tu as l’intuition presque soudaine qu’il y a, dans le monde, autre chose que des bonnets à vendre, des bonnets, des chausses et des mitaines. Comme celle de Robin Cruso, ta " tête commence à se remplir de pensées vagabondes. " Tu vois la foule battre, ainsi qu’une mer qui monte, la porte de ta maison; de même que la mer, tu l’entends rugir et bouillonner, chanter et lever jusqu’au ciel la vague de ses cris et de ses désirs. Mon maître, il faut fixer cela ; et, le soir, à la lueur d’une mauvaise chandelle, tandis que ta femme prépare non loin de toi la soupe du soir, au lieu d’ouvrir les livres des comptes et de tracer des chiffres dans les colonnes du Doit et de l'Avoir, sur les feuillets blancs où ta