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1^6 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

de la comtesse de Southampton, s'avancèrent au milieu de la cohue des hommes d'armes, la foule, amusée et naïve, acclama comme si elle eût été devant les baraques de Southwark ou les tréteaux de Drury Lane. Enfin, les hérauts surgirent, les hérauts et les rois d'armes, empanachés, silencieux, hautains, gantés de fer ! Les gens regardaient de toute leur âme et de tous leurs yeux. Un instant, on vit le fauconnier du roi portant le faucon enca- puchonné tenu sur le poing par une petite chaî- nette, les valets de meutes avec les chiens couplés suivant les hardes, d'admirables chevaux, opulents, héraldiques ; à la suite, deux chaises se montrèrent, surmontées de dais portés à bras, avec deux vieil- lards accablés de pierreries, de chasubles et du poids des mitres : les archevêques d'York et de Canterbury. Puis, ce fut comme une déchirure se faisant dans le cortège, comme un rideau s'ouvrant tout à coup sur une apparition éblouissante.

De l'angle de la boutique où vous étiez réfugiée avec le vieux boucher James, Barbe la vendeuse de pommes et le gagne-petit John, Suzanne, vous aperçûtes beaux, superbes, étincelants, précédés des deux ducs de Norfolk et de Clarence caracolant à côté d'eux, le roi Guillaume et la reine Marie. Alors, ce fut comme quand la tempête vient balayer le pont des navires ou fracasser les cimes des chênes et des peupliers dans la forêt. La foule, soulevée de joie et de délire, oscilla d'une même

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