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DANIEL DE FOE 185

guichet. Et alors — ô lumière ! — celui que tu vis c'était le gentilhomme délicieux, le gentleman charmant, ton protecteur et ami, Robert Harley, membre du Parlement pour la ville de New-Rad- nor. Harley levait jusqu'à toi le petit carré de parchemin marqué au sceau de Sa Majesté la reine Anne. Toi, tu regardais Harley au visage : tu ne pouvais croire à la chose impossible. Cependant, il était là, doux, ému, souriant, l'honorable membre! Alors, ce fut comme quand il y a une rafale au printemps. Il te sembla que, de même que dans un rêve, les murs humides, les portes, les verrous, les chaînes, tout s'écroulait, tout tombait. Et tu te trouvais dehors, libre, libre, aussi libre que la mouette qui plane dans le ciel, sur la Tamise au-dessus de Londres, libre comme l'air, comme le vent et comme l'oiseau ! Oh ! ce jour-là, Daniel, ce fut un beau jour ! ^

' C'est seulement en 1704 que Robert Harley, Torateur éminent de la Chambre des Communes, devenu Secrétaire d'Etat, obtint (de la reine Anne) la liberté de Daniel de Foe. Taine {Histoire de la littérature anglaise) veut que ce soit aux libéralités de Sidney Godolphin, grand trésorier d'Angleterre que de Foe dut d'empêcher — durant qu'il était à Newgate — "sa femme et ses six enfants de mourir de faim. " Les ennemis de de FoC étaient tenaces. A peine l'écrivain eut-il joui de quelques mois de liberté que ceux qui le poursuivaient de la haine la plus implacable obtinrent — malgré Harley — qu'il fût, en 1705, relégué par ordre aux environs d'Exeter. Chargé de mission le pauvre auteur fut heureusement envoyé à Edimbourg ; il échappa ainsi, un moment du moins, à ses adversaires. De Foê s'enthousiasma pour l'Ecosse, pays auquel il

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