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DANIEL DE FOE 195

des métiers en étaient étouffés et ne parvenaient plus que comme un souffle à l'endroit du port où touchaient les vaisseaux. Tout de suite Bristol te plut où il y a des navires, où les bateaux rappor- ' tent, du fond de l'Inde et des Antilles, de brû- lantes liqueurs, de grisantes épices, de vifs oiseaux aux flambants plumages, du corail pourpre et des perles ! Et l'homme qui te mena — par un soir de brume — à l'endroit du quai où, pour la première fois, Giovanni Cabot et ses fils partirent pour Terre-Neuve et le Labrador, comme il te sembla démesuré dans le brouillard ! Et comme tu te souvins, ainsi que d'une apparition, de son bonnet pointu, de son sayon de poils de chèvre et de tout son accoutrement inexprimable !

Dans ce temps-là, de Foë, les événements avaient fait de toi un homme extrêmement réservé et sage. Et, pour une fois que le malheur t'avait lâché la bride et ne te frappait plus, tu étais devenu un gentleman exemplaire, éveillant à peine la surprise, apaisé, silencieux, discret, voué à la méditation et au travail. Il n'y avait pas, dans ce temps-là, tant tu avais à écrire et à composer, de repos que tu te permisses, durant les jours de la semaine ; seulement, à la fin de chacune des semaines, il y a un jour que Dieu a fait à son image. Ce jour-là, tout bon Anglais doit cesser le labeur ; et c'est ce que tu faisais, de Foë, en pensant à ta femme et à tes enfants.

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