Page:NRF 7.djvu/206

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


200 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

pas non plus un compagnon facile qu'Alexandre Selkirk ! Les deux hommes eurent, durant toute la première partie de la traversée, des différends presque quotidiens. Dans la mer Pacifique ils en fussent même — sans l'intervention de l'équipage — infailliblement venus aux coups. Le navire les Cinq Ports, qui suivait à quelques milles en mer, presque parallèlement, la côte du Chili, atteignit le 80 de longitude. C'est le moment que choisit le capitaine Stradling, toujours tourmenté de ven- geance, pour essayer de se défaire du maître d'équipage. L'on était parvenu, vers ce temps du voyage, en présence de l'île Juan Fernandez ; bientôt, l'on approcha de si près la côte que la crête des collines, la cime des forêts, la dentelure du rivage ne tardèrent point d'apparaître au regard des marins. Le navire les Cinq Ports, poussé douce- ment par la brise, vint jeter l'ancre en face d'une petite baie partagée d'eau douce et couronnée de bois les plus verdoyants qu'on pût voir.

Rien, rien, en aucun récit, n'arriva jamais de comparable à ce qui survint alors pour Selkirk, à Juan Fernandez. Une querelle, plus violente que toutes les autres, venait, ce jour-là, d'éclater entre Stradling et lui. Las de l'existence insupportable qu'il menait à bord, Alexandre, craignant pour lui-même autant que pour le capitaine les suites funestes de telles colères, demanda comme une faveur à être conduit dans l'île. Stradling reçut avec

�� �