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DANIEL DE FOE 203

D'autres fois, le récit s'animait de l'intervention des hommes et des animaux qui y prenaient part. Alors tous se rapprochaient, se pressaient, dans la buée et dans la fumée, autour du narrateur. Et toi aussi, de Foë, tu étais là, parmi ces marins ! toi aussi tu regardais le visage de Selkirk avec l'intensité passionnée d'un homme qui attend la révélation de la bouche d'un dieu. Parvenu au passage si dramatique où le maître d'équipage en vint à parler de cette empreinte d'un pied nu qu'il rencontra, pour la première fois, sur le sol de son île, tu ne pus cacher l'émotion qui soulevait ta poitrine. " Je m'arrêtai court, dit Selkirk, comme frappé de la foudre ou comme si j'eusse entrevu un fantôme. " Ce fantôme, maintenant, de Foë, était celui de Vendredi, le sauvage amical. Il y avait aussi le perroquet Poil, le perroquet qui consolait Selkirk dans sa détresse ; il y avait ces paysages de palmes habitées d'une faune souple et charmante ; il y avait ces arbres aromatiques dont le baume nourrit l'homme et guérit ses bles- sures ; il y avait cette nature si propice, ce pays où tout est préparé pour une vie de repos, de calme et de méditation.

Selkirk conta, conta pendant longtemps. Sa parole, un peu métallique et creuse, emplissait l'auberge comme un vol d'oiseau, un bruit de palme ou le chant, plein de fraîcheur, d'une jeune négresse. Ceux des assistants qui avaient voyagé,

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