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CHRONIQUES 277

une hamaonie chaque fois neuve, chaque fois juste et souve- raine ; elle prétendait demeurer, selon son essence, commence- ment et fin, liberté et nécessité.

On compterait dans chaque siècle les écrivains élus qui forent le terrain de cette éclosion anachronique, l'instrument de ce paradoxal miracle. Combien, classés poètes et grands poètes, ne ressentirent l'envolée qu'une fois, tel dans un seul de ses poèmes, tel dans une seule de ses strophes, ou moins encore dans l'inflexion furtive d'un ou deux de ses vers, pas plus !... Combien, hélas ! l'auront sommée — et vainement — de se produire !

Il est urgent d'insister là-dessus. Si le sens poétique est en somme commun, banal, presque unanime, au même titre que l'intuition ; si V aspiration poétique tourmente un peuple de jeunes hommes, et si, de cette aspiration de jeunesse, beaucoup ne guérissent jamais ; le don d^inspiration, U don d^expression poétique, le don créateur, en un mot, tient les aspirants à distance et ne délie que quelques voix.

��Il est pourtant certaines terres, certaines races privilégiées où la faculté de chanter s'est conservée, même en notre temps, moins avare. N'avons-nous pas tout près de nous l'exemple du lyrisme anglais, dont la rumeur a rempli le siècle dernier d'une sorte de rire édénique, que n'a pu étouffer le tonnerre semi- oratoire et semi-lyrique d'Hugo ? Le chant lyrique semble lié à la plus lointaine tradition de l'âme anglaise. Reconnaissons, sans trop rougir, qu'il ne constitue pas un trait originel de notre tradition à nous.

Quant à moi, je ne saurais croire que notre Renaissance, dans son apparente rupture avec le passé médiéval, dans son rattachement à la culture humaniste latine, soit l'explication suffisante de l'orientation de nos facultés vers un jeu plus

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