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��LE THEATRE

��Le Théâtre Michel a repris la Brebis^ deux actes par où débuta, en 1896, l'auteur des Miettes et de V Indiscret. M. Edmond Sée avait alors vingt ans. Lorsqu'on invoque la jeunesse d'un auteur, c'est pour y chercher des excuses à un manque d'expérience et de maturité. Ici, c'est au contraire pour ajouter de l'étonne- ment à l'admiration que méritent tant de perspicacité, de sûreté et de finesse.

Il y a dans la Brebis correspondance exacte entre le mode d'expression et la donnée de la pièce. Ce n'est pas un grand sujet. C'est une proposition de psychologie parfaitement posée et délimitée, parfaitement illustrée. Dès la première scène, l'au- teur prend soin de nous avertir : " C'est un petit bout de femme délicieux qui m'aimerait beaucoup si je la respectais, dit Pierre. Oui, une manie qu'elle a : une peur d'être trop la fillette d'amour et pas assez l'amie du cœur et de l'esprit ", Et le vieil oncle qui connaît la vie lui répond : " Ces enfants-là, quand ça nous aime, ça veut se hausser jusqu'à nos âmes par de grands sacrifices. Elles veulent, qu'au lieu de rire toujours avec elles, on leur parle quelquefois sérieusement, gravement même; qu'on leur demande de petites choses très héroïques qui leur feront jouer un rôle moral. Lorsqu'on le leur a procuré, ce rôle, elles en sont fières, mais, je te le dis, ça ne dure pas. Leur amour propre n'est pas là. Quand elles nous aiment, il est dans notre amour à nous. Et au bout d'un temps, si cet amour les force de quitter leur lourde robe de dignité dont elles ont joui délicieusement... quelques minutes... elles sont bien contentes tout de même et bien fières de la dépouiller sous nos baisers."

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