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LE THEATRE 289

comprend. Une telle pièce suppose, chez le public, de la vivacité d'esprit, de l'attention et une certaine habitude de déduire rapidement la conclusion de deux prémisses psychologiques. Elle demande encore cette expérience des petites complications amoureuses ou galantes qu'on ne trouve guère que chez des oisifs raffinés ou plus exactement dans une société où l'on dis- serte beaucoup sur ces matières. On voit par où un tel théâtre est restreint, comment il se pose lui-même ses limites.

U Indiscret et les Miettes sont des pièces plus amples et de portée plus générale, mais la Brebis les égale en justesse. Lucienne est une variété très précise de ce genre dont la Parisienne de Becque est le prototype. La mode n'est plus aux femmes per- nicieuses, ni au dégâts que leur insuffisance opère dans le cœur des hommes. Ce sont les hommes fatigués d'amovu* et les femmes délaissées, les vraies " brebis ", qui tiennent la rampe. Une heureuse reprise de la pièce de M. Edmond Sée est donc d'un augure d'autant meilleur que le sujet traité n'est plus au goût du jour.

��Dans un article qui indigna beaucoup de monde, M.Ernest- Charles dénonçait naguère la nocivité des romans de M™^ de Ségur. Les arguments ne manquaient pas. Tout ce qui, dans ces livres, a trait aux petites gens fait preuve d'un esprit de caste qui sent assez odieusement le knout moscovite. Mais ces taches ne suffisent pas à gâter des qualités véritables. On ne voit pas trop quels reproches on pourrait adresser au Bon petit diable. Les enfants y admirent avec bonheur les tours que le jeune Charles joue à l'avare M™^ Mac Miche et à ses féroces maîtres, les frères Old Nick. Ce n'est pas un livre édifiant. En vain la douce Juliette prêche-t-elle à l'écolier une patience toute chré- tienne. Ces petits sermons ne semblent débités que par acquis de conscience, et l'on sent bien que toutes les sympathies de l'auteur, comme celles des enfants, vont à cette guerrilla assez

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