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LE LOISIR DE CAGLIARI 325

tient, comme moi, la société pour un fait collectif et non comme un contrat entre individus.

Et même chez les hommes les plus actifs, chez ceux qui aiment à multiplier leurs gestes, n'y a-t-il pas parfois le besoin, le désir, et la volupté de se retirer en soi ? Une bibliothèque est un lieu choisi pour ce genre d'exercice méditatif. C'est un goût qu'il serait dommage de laisser s'appauvrir en France. Tranquillisons les gens pressés : nous n'en sommes pas moins comme eux des person- nages de ruche ou de fourmilière ainsi que nous voyons les foules humaines d'un ballon ou dans le cinématographe.

Voilà un long et philosophique préambule aux réflexions plus simplement littéraires et morales que fit au mois de janvier dernier un de ces hom- mes qui n'ont point rompu avec le monde pour demeurer parfois, et le plus souvent qu'ils peuvent, au milieu de leurs livres. J'ai retenu quelques-uns de ses propos. Je les offre sous ma signature, car suis-je sûr que nous étions deux, et que je ne conversais pas avec mon double ?

C'était lors delà surprenante prise d'un paquebot postal français Le Carthage par des Italiens hardis, méfiants et brouillons. L'émotion à Paris fut assez vive. Les camelots eurent des bénéfices avec les éditions successives. En sa librairie, les pieds dans les pantoufles, caressant des yeux et des doigts ses livres favoris sur les rayons qui transformaient

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