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332 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

J'ai parlé de la mise en scène imitée du Dècamèron. Je l'aime assez en sa brièveté comme expéditive d'un rite littéraire. Céliane, Clorinde, Melinde et Cléomède, qui sont trois femmes et un homme, s'en vont à une terre de leur ami Eurilas située à trois lieues de Paris. Ils y rejoignent Floride, Artémise, Damon et Lycandre, et forment avec eux " l'assemblée du monde la plus charmante ". Sans doute ils y prennent les plaisirs champêtres : pêche, chasse, jeu, promenade ; mais " un jour cette belle compagnie se trouva sous un berceau de chèvrefeuille qui est au bout du canal, attendant en ce lieu que la chaleur du jour fut passée ", Cléomède lui fit le récit des aventures de Zelmis. Vous jugerez mieux maintenant pourquoi ces aventures devaient être galantes et de la plus discrète émotion.

Si vous contestez aux écrivains du XVIP siècle l'amour de la nature, ne vous mettez pas en peine du berceau de chèvrefeuille, qui est réaliste, sinon absolument naturiste puisqu'un berceau dénonce la main d'homme, ainsi d'ailleurs que le canal là où un auteur moderne n'aurait pas hésité à faire couler une rivière, et savourez cette marine :

La mer ri était point dam ce calme ennuyeux qui ne la distingue pas même des étangs les plus tranquilles ; elle n^ était pas aussi dans cette fureur qui la fait redouter ; mais on la voyait dans Vétat que tout le monde la souhaite^ lorsqu'un vent modéré Fagite^ et comme elle était quand elle forma la m'ère

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