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LA FÊTE ARABE 4O9

découvre dans leur masse une poésie, une sensibilité inconnue à nos paysans d'Europe. C'est pour moi un plaisir de lancer sur un objet précis ces imaginations ardentes, et toujours je demeure émerveillé par l'imprévu de leurs trouvailles. S'ils sont demeurés si arriérés, dans un temps où partout on assiste dans le monde à une renaissance de l'Islam, n'y a-t-il pas de notre faute ? Qu'avons-nous fait pour réveiller en eux un génie étouffé par les invasions turques et le fanatisme des marabouts ; pour secouer leur indolence ; pour orienter leur pensée indécise et qui a besoin d'un appui ? Sommes- nous, pour eux, autre chose que des fonctionnaires qui perçoivent l'impôt, des gendarmes qui leur appliquent des règlements qu'ils ne comprennent pas, des instituteurs qui leur enseignent des choses dont ils n'ont que faire, des intrus qui empêchent leurs troupeaux d'aller jusqu'à la côte et qui les gênent sur leurs parcours ? Je me persuade, chaque jour davantage, qu'il est vraiment criminel de réduire nos Arabes à la triste condition des Fellahs, des Hindous, de toutes ces races dont les Anglais ont fait des coolies à six pence par jour, et il m'arrive de faire un rêve... On m'appelle ici le Khalife. Et c'est vrai, je vou- drais jouer le rôle de quelque Khalife de Bagdad ou de Cordoue. Puisque fatalement ce village doit se trans- former un jour, je voudrais employer les gens de Ben Nezouh à la construction d'une ville moderne et orien- tale à la fois, où ils apporteraient les ressources de leurs métiers et leur expérience du climat, et où nous met- trions, nous autres gens d'Europe, notre science et nos procédés au service de leur fantaisie. Depuis un siècle que nous nous installons dans toutes les contrées du monde,

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