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4IO LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

nous détruisons partout la beauté et nous ne la remplaçons nulle part ; un voyage à travers la planète ne nous laisse plus que le regret des choses que l'on sait disparues ou que l'on voit disparaître ; dans cent ans, il ne nous don- nera plus que l'impression du plus morne ennui. Est-ce donc une folie de vouloir édifier sur les domaines oi!x nous établissons notre pouvoir, autre chose que des docks, des comptoirs, des palace-hôtels, des caravansérails internatio- naux, tout un lamentable provisoire ? Imaginez ce que serait au-dessus de ces verdures et dans cet horizon de sable une ville de faïence et de marbre, de coupoles et de jets d'eau...

Et avec une précision admirable^ une ingéniosité sur- prenante de détails, il me fit en me désignant du doigt les différents points de l'oasis le plan de sa ville imaginaire.

Puis se reprenant soudain :

— Des rêves, dit-il, des rêves ! Que peut un pauvre médecin militaire sans argent, sinon se contenter du mirage qui me présente parfois réalisée, et d'une manière incomparable, cette Ben Nezouh que j'imagine...

Puissance de la foi et de la poésie ! Le Khalife m'em- portait avec lui dans les cieux de sa chimère. Les heures fuyaient rapides sur sa haute terrasse. Je voyais ses pensées se mouvoir, s'enchaîner du même rythme flexible que les ondulations tracées par le vent sur le sable. Le soir était venu ; les rayons d'un soleil oblique frappaient les dunes qu'ils illuminaient d'une lueur phosphores- cente ; la brise commençait de faire frémir les palmiers dans les jardins, leurs feuilles se froissaient avec un bruit d'acier. Une à une, sur les terrasses, des formes blanches apparaissaient, surgies mystérieusement des maisons pour

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