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41 8 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

nature, ne confie ton secret à personne : lorsque tu y retournerais, tu ne le reconnaîtrais plus. " Mais y a-t-il un lieu du monde qu'on puisse encore cacher aux hommes ? Ben Nezouh est devenue une ville à la mode : artistes, sportsmen, chasseurs de gazelle et de moufflon, snobs, mondains fatigués, tout ce peuple errant, cosmo- polite, qui promène à travers la planète sa curiosité ou son ennui, débarque ici chaque jour plus nombreux. Pour le distraire, nous organisons des fêtes, des représentations en plein air, des courses de méharas et de chevaux, des excursions en caravanes aux oasis prochaines. Cela, c'est le côté pittoresque, un peu banal de l'affaire, pas tout à fait inutile pourtant, si ces gens reviennent chez eux avec l'idée d'une élégance autrement noble que la nôtre, le sentiment d'une vie qui s'en va naturellement rejoindre cette vie gréco-romaine que nous admirons dans les livres, la vision d'un horizon plus vaste que celui où nous nous mouvons d'habitude, et des pensées un peu saines sur une civilisation dont on a communément les notions les plus absurdes. Mais le plus intéressant mille fois, c'est de voir se développer dans ce petit coin du monde une prospérité inconnue. Deux colons venus de France se sont installés à Ben Nezouh : l'un fait le commerce des dattes, l'autre l'élève du mouton ; et ils réussissent fort bien. Les Nomades nous arrivent de tous les points du désert, de Ouargla, du Mzab, de Touggourt et d'El Goleah même. A certaines saisons, les jardins sont tout enveloppés par leurs tentes et nous semblons comme assiégés. Ksouriens, Juifs, Mzabites, tous les habitants trouvent leur compte à la transformation de notre petite oasis. Peu à peu, lentement, — cela ne se fait

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