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426 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Barcelone, et l'affiche, jaune et rouge, d'une Corrida dans la banlieue d'Oran.

Soudain, des cris aigus me firent tressauter sur ma chaise, comme si le taureau de l'affiche venait de s'échap- per du toril : c'était la signora Mammo qui me souhaitait la bienvenue. De nombreuses maternités l'avaient tout à fait déformée. Ses beaux traits de Madone avaient disparu sous la graisse, et son corps n'était plus qu'une masse croulante dans la triste robe noire qu'ont les femmes de son pays.

Elle m'apportait quelques fruits, — des pommes et des poires dans un plat ébréché.

— Oh ! oh ! lui dis-je d'un ton émerveillé pour lui être agréable, des pommes et des poires ! On voit bien, Signora Mammo, que vous avez aujourd'hui le chemin de fer à Ben Nezouh.

— Mais tout cela pousse ici. Monsieur ! s'écrièrent d'une même voix les époux offensés.

Et la signora d'ajouter :

— Vous n'avez pas vu nos jardins ? Vous ne les recon- naîtrez plus !

Je frémis du présage. Ces fruits qu'on me servait ne me rassuraient guère : les poires étaient en bois, et les pommes plus dures que des billes d'ivoire. Je demandai des dattes. J'aurais demandé du caviar, des ailerons de requin ou des nids d'hirondelles, que le couple maltais n'eût pas montré plus de surprise. D'un ton qui n'avait rien d'aimable, mon hôtesse me dit qu'il n'y avait pas de ces fruits là chez elle ; et sans se mettre davantage en frais, elle pivota sur ses talons et quitta la salle à manger.

Je ne m'y attardai pas moi non plus. Un pressentiment

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