Page:NRF 7.djvu/528

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


522 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

âme par toutes ses amours retenue, âme jointe à tout ce qu'elle a quitté ! Elle y est si bien liée qu'elle ignore ces glissements, ces libres va-et- vient dont les âmes puissantes à vivre, comme celle de Ronsard, se sentent déportées. De là l'aspect un peu contraint de la poésie de Du Bellay. Elle n'est pas lyrique ; elle ne se développe pas selon ces amples déroulements secrets, selon ces courants intimes qui se croisent, s'unissent ou se contrarient mystérieusement dans les cœurs vrai- ment inspirés. Avec elle nous n'arrivons pas à nous égarer, à lâcher le sol comme se détendent doucement les genoux du nageur au moment qu'il perd pied. Mais elle reste décorative, un peu fabri- quée, pareille à un blason ouvragé : j'aime chaque détail, je le touche du doigt avec satisfaction ; je me plais à l'agencement savant et un peu lourd de l'ensemble ; je contemple, c'est-à-dire je demeure. Je ferme le livre : et plus vivant et plus aimable mille fois que ces beaux vers embarrassés, je sens près de moi Du Bellay qui les écrivit.

Jacques Rivière.

�� �