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622 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

qu'en général mes remèdes valaient mieux que ses talis- mans. Aussi allait-il répétant ce qu'on dit communément dans le Sud de tous les médecins d'Europe, que j'assassinais mes malades pour me procurer des remèdes ; que je tirais de leurs cadavres l'iodure de potassium et la quinine, ainsi que le prouvait du reste le goût amer de ces drogues; que j'avais l'habitude de suspendre les moribonds par les pieds au-dessus d'un feu ardent pour en recueillir la cervelle et en composer un élixir merveilleux que je réservais aux Roumis. Le parti des " vaillants colons " l'excitait encore contre moi en le grisant d'anisette. Rien de plus contraire, vous le savez, aux prescriptions cora- niques, mais le Marabout assurait que l'anisette se changeait en miel sitôt qu'elle avait passé la porte sacrée de sa bouche, et Gonzalvez déclarait à qui voulait l'entendre qu'il trouvait toujours au fond du verre du saint homme un liquide visqueux et sucré, qu'il s'était un jour décidé à goûter, étonné du phénomène, et qu'il avait reconnu pour du miel plus pur que celui du Djebel Aurès.

Comment lutter à la fois contre l'instituteur, le Mara- bout, le curé maltais, l'aubergiste, le débitant, le pharma- cien, tous les puissants du village soutenus par la séquelle des étrangers, naturalisés ou non ! Dans tous les patois de la Méditerrannée, on m'accusa d'être l'ennemi du Progrès et de la Civilisation, de favoriser les indigènes aux dépens des vaillants colons, de gaspiller l'eau de la séguia en jets d'eau et autres fantaisies inutiles, d'avoir chez moi une baignoire quand les peupliers mouraient de soif. Les Calabrias l'emportèrent ; je fus expulsé de la mairie, et à ma place on installa le fameux Gonzalvez.

Aussitôt commença une exécution en règle de tous les

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