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LA FÊTE ARABE 625

Pour leur ville nouvelle, ils voulaient un nom nouveau. Quel rond de cuir, quel bureaucrate fut chargé de bap- tiser ce village italo-espagnol ? Il découvrit quelque part, sur une carte des Hauts-Plateaux, un village du nom de Corneille : il baptisa Ben Nezouh du nom de Ben Nezouh-Boileau !

Quelques journaux ayant parlé des ravages exercés dans ce charmant pays, les touristes commencèrent de se faire rares à Ben Nezouh. Ceux qui s'y hasardaient encore n'y trouvaient plus l'agrément qu'on y rencontrait autrefois. Tout étranger apparaissait comme suspect à ces intrus. Sous prétexte de contrebande, on fouillait dans ses bagages ; s'il feuilletait un Baedcker, les agents muni- cipaux s'approchaient avec méfiance ; s'il cueillait au hasard un fruit, une branche dans un jardin, comme cela vous est arrivé, on le frappait d'une amende ; s'il donnait à porter son fusil à un indigène, le fusil était confisqué pour la raison qu'un Arabe n'a pas le droit de porter une arme ; s'il emmenait danser chez lui quelques femmes des Ouled-Naïls, le vertueux Gonzalvez, bien connu pour avoir violé toutes les petites filles du pays, le faisait expulser pour outrage à la pudeur. Mais voici, entre mille autres, un fait qui vous édifiera plus sur les mœurs de ces Barbares que tout ce que je pourrais vous raconter.

Un riche industriel du Nord avait créé, au bord de l'Oued, un magnifique jardin fait de plusieurs vergers dont on avait abattu les murailles, et qu'il ouvrait au public deux ou trois jours par semaine. Un long mur de trois cents mètres formait sur la rivière une agréable ter- rasse ombragée de gommiers du Sahara, d'où le regard s'étendait par-dessus les dunes dorées jusqu'aux crêtes

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