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640 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

A travers ses explications et ses larmes, je finis par démêler qu'on voulait la marier à un chaouch de soixante ans, lequel venait de faire fortune en abattant d'un coup de fusil, pour le compte d'un riche Caïd dont il servait la vengeance, un détenu qu'il conduisait à Djelfa. Il était borgne et grêlé, et Zohira, ayant appris de ses autres épouses la triste existence qu'elles menaient, s'était enfuie de la maison maternelle pour demander asile à sa soeur, où sa mère l'avait relancée.

Après avoir calmé la vieille je me disposai à sortir, mais la petite s'accrochait à mes genoux en donnant toutes les marques du plus violent désespoir.

— Ne m'abandonne pas, criait-elle, tu ne connais pas ma mère, c'est une terrible sorcière ! Il lui enverra du sucre, du café, des bracelets d'argent, et alors je serai perdue ! Donne-moi une permission pour aller chez les Naïliat du Mzab ou emmène-moi dans ta maison !

Que risquais-je d'emmener chez moi une fille dont le seul désir semblait être de se prostituer pour échapper à sa mère ? Je n'avais d'ailleurs d'autre pensée que de la mettre à l'abri pour une nuit, me promettant d'aviser le lende- main.

— Voile-toi, lui dis-je, et suis moi.

La grande soeur approuva. La vieille par miracle apaisée se précipita sur ma main qu'elle couvrit de baisers, en criant : " Tu es notre père, fais de nous ce que tu voudras ! "

Cependant Zohira s'était voilée et nous sortîmes ensemble.

Dans la rue nous nous heurtâmes à ses frères exaspérés, qui avaient déjà touché une prime du chaouch et qui

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