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LES ROMANS 693

être présentée en dehors de ce cadre trop étroit. Une crise dramatique ne manifeste qu'une partie de l'âme d'un person- nage et elle la manifeste dans une minute exceptionnelle. Tous les dessous psychologiques d'un être échappent au romancier qui veut les contraindre dans le moule artificiel d'une action trop habilement machinée. Il y a dans la vie des actions qui ne mènent à rien, et il n'y a pas qu'une action, mais mille actions qui s'entrecroisent ; il y a aussi des passions inopérantes, des vies obscures et stagnantes, qui sont aussi révélatrices, aussi riches de vie intérieure que les existences les plus brillantes et les plus mouvementées.

En conclura-t-on que la méthode intellectuelle aboutit à la négation de toute composition dans la fable d'un roman, — en d'autres termes à la tranche de vie crûment servie ? Je ne le pense pas. Si elle admet une fable sans progression matérielle, sans commencement, milieu, ni fin, elle exige d'autant plus impérieusement une ordonnance d'espèce plus subtile, qui satisfasse à la fois l'esprit et la sensibilité de l'artiste. L'unité est produite alors par la concordance intellectuelle et par l'équilibre esthétique des parties.

��Un troisième caractère de cette méthode, c'est qu'elle attribue au milieu, où se meuvent ses personnages, une extrême importance. J'accorde très volontiers qu'une conversation sous un lustre peut fournir une œuvre intéressante. Je consens à arrêter ma vision au cercle de lumière formé par le lustre et qui éclaire les deux ou trois interlocuteurs. Mais je peux souhaiter de voir plus avant et plus profond, je peux aussi me placer à un autre point de vue et même renverser le point de vue. Je puis dire que les trois personnages m'intéressent moins en eux-mêmes que le milieu auquel ils tiennent par mille liens plus ou moins secrets et dont ils sont, en quelque sorte,

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