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le joyau de sa correspondance est-il un billet adressé à Mme de Solms, une ravissante petite fée de dix-sept ans, pour lui signaler l’occasion d’une belle aumône à faire dans une mansarde.

À plusieurs reprises il y a des trous dans le recueil de M. Marsan... C’est que Gérard est alors, non pas à l’étranger, mais dans la maison de santé du docteur Blanche, à Passy. Il y a eu des époques, en effet, où il n’a plus dominé son rêve perpétuel et où il a été, hélas ! justiciable de la camisole de force et de la douche. Mais, dès que l’accalmie se fait, il se reprend à écrire à son père ou à ses amis. Et rien n’est plus touchant que ce billet où le pauvre malade indique au docteur Labrunie l’omnibus qu’il faut prendre pour venir le voir à Passy. — On sait que ces crises nerveuses eurent un dénouement tragique. Gérard se pendit une nuit, rue de la Vieille-Lanterne. La veille, il écrivait à une tante ces mots quelque peu énigmatiques : “Ne m’attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche...


Noire et blanche, telle fut sa vie tout entière. Il ne faut pas se borner à lire sa Correspondance. Il faut relire Sylvie, Angélique, Le Voyage en Orient, Aurélia, et, sans juger, sans moraliser, dogmatiser ou diagnostiquer, accueillir les images claires ou sombres qui se lèvent d’entre les pages, le Valois et les années de jeunesse et d’amour, le cénacle de l’impasse du Doyenné, l’Allemagne et l’Orient, la maison de Passy avec son vaste promenoir ombragé de noyers, le soupirail de la rue de la Vieille-Lanterne et son funèbre fardeau... Gérard ne nous fournit ni des exemples ni des leçons. Il ne saurait nourrir notre intelligence et inspirer notre action. Mais nous pouvons lui demander d’alimenter notre sensibilité et de faire naître en nous, pour employer un mot de Barrés, “ce romanesque qui contracte et déchire le cœur.”

Camille Vettard.