Page:NRF 7.djvu/778

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


772 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

en contre-bas. Il n'y a plus ni piste, ni route. Il faut dévaler au hasard le versant déclive, entre les blocs épars et les éboulis où les mulets se laissent glisser, en patinant des quatre membres. Splendide lumière immobile sur les pans brûlés des hauteurs autour de nous. Tout y est silencieux, désert, éclatant. Au fond de l'entonnoir, ce ne sont que murailles abruptes, fauves, sans une ombre, sans un brin d'herbes, et qu'il faudrait désespérément suer à gravir si, par un étroit défilé, un torrent, actuellement à sec, ne s'était frayé un passage que nous suivons. Il s'élargit peu à peu, nous conduit dans une vallée spacieuse, au sol uni et sableux, où la marche redevient un plaisir. De hauts mamelons, à droite et à gauche, ferment la vue. Sur leurs sommets arrondis, d'amples mimosas s'étalent parmi l'azur éblouissant et compact. Fourré luxuriant au fond de la vallée : j'y retrouve, auprès des aloés, les acacias nains aux courtes grappes roses. — Une bande de dromadaires, dans un pli de terrain, broute au milieu des buissons d'où l'on voit émerger leur dos montueux, leurs têtes lippues et osseuses. Les charges qu'ils portaient sont rangées, non loin, en tas réguliers que recouvrent les bâts de paille tressée. Le chamelier Somali qui garde le campement s'avance curieusement pour nous considérer. Il est nu ; un ample pagne s'enroule en cale- çon autour de ses hanches. L'épaisse chevelure tombant jusqu'à la nuque encadre son visage intelligent, attentif et net. Large poitrine bronzée où se balance le petit sac de cuir enfermant les amulettes. A sa ceinture pend le coutelas coudé, à la gaîne de bois orné de cuivre, que ne quittent jamais les gens de sa race. Quand j'arrive à sa hauteur, d'un geste hardi, il arrête ma bête et retirant

�� �