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792 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

par les eaux qui, jadis, alimentaient le lac, actuellement croupissant et d'année en année rétréci, du Métahara tout proche. Dans l'une de ces chaussées, aux dalles couleur d'ardoise, une large crevasse s'ouvre dont le jour frisant pesant éclaire confusément la profondeur souterraine. Elle se referme au bout de quelques mètres, mais dans un trou obliquement creusé à même le lit se dissimule une sorte d'entrée obscure. Par curiosité, je m'y insinue, suis un couloir en pente. Surprise, émerveillement de découvrir tout à coup au plus profond d\i silo, un peu d'eau mira- culeusement conservée dans la fraîcheur et le secret du rocher. Qu'elle est limpide, glacée, délectable ! Goulû- ment, j'épuise la bouteille de toile, la guerbe transpirante que déjà, un boy a remplie. Délice de s'enfler la panse, comme ont fait les mulets tout à l'heure. Je sors, ensuite, pour faire place aux autres, et regagnant le lit, m'étends au long de la crevasse d'où mon regard plonge jusqu'à la vasque cachée. Avec quelle avide joie mes hommes se précipitent. L'un d'eux, accroupi, boit dans son feutre crasseux, empli jusqu'aux bords. Ses yeux pâmés lui sortent de la tête ; comme il s'attarde, on le jette de côté ; pour un peu on le piétinerait. Il faut user de violence pour amener chevaux et mulets dans la crypte ; ils n'ont pas flairé l'aiguade et renâclent, mais de quel trait, enfin, ils aspirent l'eau. — Après cela, bêtes et gens, nous nous retrouvons la tête lourde, les jambes de coton, incapables désormais de tout effort. Le campe- ment, heureusement, n'est qu'à une demi-heure de là, dans une aride étendue herbeuse que dominent à l'horizon les cratères déchirés du massif central.

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