Page:NRF 7.djvu/800

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


794 ^^ NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

ses bracelets. Silencieusement, ensuite, il replie son bras et à l'instant redevient distant, inaccessible, les yeux à l'horizon. " Il ne faut pas lui en vouloir, m'explique le boy, tandis que nous descendons la colline. Il fait le fier, parce que, il y a trois jours, il a tué d'un coup de couteau dans le ventre un léopard qui attaquait son troupeau. Depuis lors il ne s'occupe plus que de se montrer : il est devenu un héros et méprise tout le monde... "

La nuit est tombée quand nous regagnons le campe- ment. Un mince croissant de lune nage au milieu du ciel trouble et bleuâtre. Notre petit feu misérable éclaire mal, dans l'obscurité, le toit blanc de la tente. Pas de bois à ramasser dans ce steppe de graminées et de cailloux : le peu que nous brûlerons fut, depuis Tadetcha-Malka, porté à dos de mulet. Le dîner est servi près d'un bosquet d'arbres rabougris, au tronc étiolé, sans feuilles, mais tout chargés de grappes de fleurs roses dont le parfum s'exalte, se fait dans l'ombre épais et suffocant comme une vapeur. Sin- guliers insectes qu'attire la lueur de ma lampe. La nappe bientôt est jonchée de petites mantes dont le corps fait pour circuler entre les herbes sèches, semble construit de fétus de paille. Je m'étonne que sous mes doigts qui les aplatissent, elles ne cassent pas. De temps en temps, du plat de la main, le boy fait table rase, non sans écraser sur le linge quelques gras bombyx dont le ventre a traîné dans la sauce des plats. L'atmosphère reste étouffante ; pas un souffle, pas un mouvement d'air dans cette cuvette profonde qui, tout le jour brûlée par le soleil, laisse à présent rayonner une chaleur subtile et sèche. — Avant même que notre flambée soit éteinte, les chacals com-

�� �