Page:NRF 7.djvu/811

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


JULIETTE LA JOLIE 805

Gallois sortit en pantoufles, se dirigeant vers le Café du Commerce.

Juliette alla voir au jardin s'il avait poussé d'autres fraises, si les groseilles étaient mûres. Elle s'était réservé la moitié d'un carré pour ses fleurs qu'elle arrosait elle- même. Après les pluies elle n'avait qu'à prendre de l'eau qui, du toit, tombait dans un grand baquet autour duquel l'herbe poussait plus drue. Il fallut qu'elle allât remplir son arrosoir à la pompe du quartier.

Ayant fini de bonne heure elle s'ennuya dans le jardin. Elle en ferma la porte, et s'en fut par un chemin semé de cailloux, bordé de murs de jardins et de haies de champs jusqu'au gros châtaignier qui se dresse à l'entrée d'une petite propriété qu'on appelle " les Mouilles. " A seize ans elle était assez sentimentale pour ne pas dédaigner de temps à autre cinq minutes de solitude. Elle revint avec une marguerite qu'elle ne songeait même pas à effeuiller.

Du tournant du chemin elle aperçut François assis sur le banc de grés entre la porte et la fenêtre. Il n'avait pas l'air malheureux. Il fumait une cigarette en faisant dans le sable, du tranchant de ses semelles, des raies sem- blables à des sillons. Ils ne se gênaient pas l'un avec l'autre. Il lui dit :

— Je parie que tu viens de voir ton amoureux, par là? Elle répondit en riant :

— Tais-toi donc, grand bête ! Est-ce que je m'occupe de ta bonne amie ?

François était un de ces garçons comme ils sont presque tous dans les petites villes, qui travaillent toute la journée, font chaque soir, sauf en hiver, un brin de toilette, et

�� �