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JULIETTE LA JOLIE 815

Elle n'aimait guère les Gallois : le père et la mère étaient des impies ; quant à la fille, Dieu sait comment elle tournerait plus tard, bientôt peut-être.

La marchande de journaux passa comme d'habitude vers dix heures et demie. Ce n'était point parce qu'elle avait le nez rouge, un bonnet blanc et toujours le même caraco bleu qu'on l'appelait " la mère République ". Mais elle ne vendait que le Petit Journal et le Petit Parisien^ en soufflant dans une trompe dorée pour que l'on sût qu'elle était là. Il ne s'en fallait pas de beaucoup que l'on crût, qu'elle entretenait des relations avec les directeurs de ces journaux et avec le Gouvernement: c'est pourquoi on l'appelait " la mère République ".

— II va faire encore une belle journée ! dit-elle en lui tendant son journal. Il est vrai que c'est bien la saison.

— Oh oui ! Madame, répondit Juliette en lui donnant un sou. La mère République partit en soufflant dans sa trompe. Quand elle se fut assez éloignée pour que l'on ne l'entendît plus, le silence se reforma. Un silence dans lequel elle écoutait bourdonner ses pensées comme de jeunes abeilles qui, dès le matin, revenaient de bien loin déjà.

François, devant un morceau de miroir cloué au mur pour son usage personnel, se rasait. M"" Gallois, habillée "en tous les jours ", finissait son ménage en commençant sa cuisine. Elle avait le temps puisque le dimanche on attendait, pour déjeuner, Gallois qui rentrait plus tôt qu'en semaine, mais pas avant une heure de l'après-midi. Dans la cocotte, sur le feu de charbon de bois, elle avait mis à " revenir " du lard que l'on entendait grésiller. Juliette s'approcha et prit un petit morceau de ce lard

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